{ PRESENTATION DE L’OUVRAGE }

Lucien prend ses fonctions d’interne en psychiatrie dans un CHU de province. Très sérieux, doué et raisonnablement ambitieux, il semble promis à une belle carrière. Mais son univers bien réglé bascule bientôt lorsque son mentor décide de déserter la psychiatrie publique. Naviguant en zone sinistrée, Lucien tente de faire son trou à l’hôpital mais voit toutes ses stratégies échouer face à sa très désirable rivale. Il décide alors de façonner une vengeance, s’appuyant sur un patient dangereux pour renverser la folle rationalité du système.

Sortie le 3 septembre 2015
ISBN : 978-2-35371-880-1
Rayon : Littérature
Format : 11,5x21 cm
Prix : 15 euros
200 pages



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{ ENTRETIEN AVEC L’AUTEUR }

Le dernier garde-fou relate l’histoire d’un étudiant en psychiatrie, ainsi que sa frustration face à un système pas toujours équitable et juste. Vous avez été vous-même étudiant en médecine. En quoi votre expérience a-t-elle nourri celle de Lucien ? Et plus généralement comment concevez-vous en tant qu’écrivain les influences de la vie personnelle sur le travail d’imagination ?

Des éléments autobiographiques sont bien présents dans le roman et beaucoup de choses qui s’y passent me sont vraiment arrivées. En particulier, si les « anamnèses » que j’ai rédigées à la première personne peuvent être lues comme des éclairages sur l’histoire et la psychologie de Lucien, ce sont aussi des situations que j’ai vécues telles quelles ou presque et qui ont pu en partie motiver l’écriture du livre. Pour le reste je n’irais pas jusqu’à dire que « Lucien, c’est moi » : j’ai beaucoup transposé, les personnages sont fictifs et l’intrigue principale est purement imaginaire.

La frustration a dû jouer un rôle dans la décision d’écrire. Lucien s’inspire d’une certaine catégorie de personnes que j’ai pu rencontrer, d’ailleurs assez répandue, a priori animées de bonnes intentions, surtout au début de leur parcours, mais qui se voient mises devant l’impossibilité de faire leur métier dans les règles de l’art, et pour tout dire de faire de la bonne médecine. Par la suite plusieurs attitudes sont possibles : déserter, rentrer dans le rang, lutter contre les moulins en courant le risque d’être marginalisés, voire des réactions plus radicales comme celle de Lucien…

Le rapport entre vie personnelle et travail d’imagination est un problème de dosage délicat : à trop parler de soi on peut manquer de recul, tomber dans le ressassement de frustrations vécues qui n’intéressent que soi, en même temps à trop se perdre dans l’imaginaire on risque de manquer ce qu’il y a de plus profond et de plus essentiel dans l’écriture.

Pourrait-on qualifier Lucien d’anti-héros ? Comment s’est-il petit à petit dessiné dans votre imaginaire ?

Effectivement le prénom Lucien renvoie à deux personnages proches de la figure de l’anti-héros qui m’ont marqué. C’est bien sûr et avant tout un clin d’œil aux Illusions Perdues de Balzac. Ensuite à Lacombe Lucien, ce jeune paysan qui aurait pu être un héros de la Résistance mais rejoint finalement et presque par hasard la Gestapo.

Dans un monde idéal, Lucien serait un héros véritable. Il est doué de toutes les qualités pour faire un excellent médecin, voire pour devenir une sorte de chevalier blanc de la psychiatrie. Il pourrait vaincre des obstacles formidables, à sa mesure. Mais il tombe sur des obstacles plus sournois et plus mous, et il s’enfonce.

J’avais d’emblée le projet d’évoquer le quotidien des internes en médecine, assez peu décrit par ailleurs ou alors de façon édulcorée. Et très vite la psychiatrie s’est imposée à moi comme domaine qui cristallise jusqu’à l’absurde les contradictions d’un système basé sur l’esprit de compétition, la concurrence, la rentabilité. Voilà comment le personnage de Lucien a commencé à se dessiner.

La dimension du sacrifice et du juste retour que l’on en attend est importante dans le roman, ainsi petit à petit le personnage de Lucien s’assombrit en réaction à sa frustration. Aviez-vous à la base de votre projet l’envie d’écrire un roman psychologique ?

Non, je ne suis pas parti avec l’idée d’écrire un roman psychologique ou de cantonner le livre dans un genre particulier. Je crois que j’avais surtout envie de raconter l’histoire d’un personnage animé de bonnes intentions et de voir comment il pourrait évoluer dans un contexte défavorable. Comme le roman se passe en psychiatrie il fallait éviter de tomber dans une psychologie de comptoir ou un freudisme bavard, même si le dénouement peut s’interpréter sans mauvais jeu de mot comme une sorte de retour du refoulé.

Au-delà de la psychologie, la critique sociale est aussi importante, avec la dimension du juste retour ou de son absence, c’est un peu le thème de la lutte pour la reconnaissance que je voulais aborder.

Lucien est un scientifique, sa fiancée Rosalie est une littéraire. Vous-même êtes un scientifique et désormais un romancier. Comment ces deux axes s’articulent-ils dans votre vie ?

J’ai toujours trouvé dommage d’opposer les scientifiques et les littéraires. Pourquoi ne pourrait-on pas à la fois admirer la beauté d’un poème et d’une démonstration ?

En médecine la question semble réglée : le temps où l’on voyait des littéraires réussir est révolu, même en matière de « relation humaine » on a plus affaire à des techniciens de la relation, de la communication. Disons que le curseur des études étant réglé à 100% sur le mode scientifique, la sensibilité littéraire est plus une affaire personnelle.

Je retrouve cette dualité dans mes lectures : j’apprécie autant la précision d’une intrigue que la beauté d’un style. Et dans ma pratique de l’écriture aussi : deux phases se succèdent ou se chevauchent, l’une créative et l’autre plus rationnelle. On frôle parfois le dédoublement de personnalité !

Qu’avez-vous pensé du travail que Yokt’m a fourni pour votre roman ?

J’ai d’abord eu connaissance de la couverture et j’ai d’emblée été emballé par l’ambivalence de cet étrange animal. J’ai apprécié que le travail de Yokt’m ne soit pas une simple illustration redondante du texte, mais au contraire une ouverture stimulante. Les effets de décalages de textures, de surface et de profondeur permettent, comme l’écrit le duo, de laisser libre cours à son imagination. En tout cas, le mystérieux bestiaire marin suscite chez les lecteurs pas mal d’interrogations, auxquelles je me garde bien de répondre de façon directe !

Quels sont vos romans de références ? 

Question « références », j’ai été nourri aux classiques du XIXe comme Balzac, Stendhal ou Flaubert, du XXe comme Sartre, Camus, ou Céline.

J’ai une affection particulière pour les joyeux drilles que sont Kafka, Beckett ou Thomas Bernhard.

Parmi les contemporains je pourrais citer Echenoz, Salvayre, Volodine, Chevillard…

Et je viens de terminer Pastoralia de Georges Saunders, ce n’est pas forcément une référence mais il y a longtemps que je n’avais pas autant ri (jaune) à la lecture d’un roman.

 

{ PRESSE }

 

 

Le dernier garde-fou / Eric Anglade

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