{Eulalie} Mai 2013

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{Radio Plus – La Vie des Livres} Mars 2013

{Le Monde de Mirontaine} Mars 2013

Je vous emmène faire la connaissance de Fulbert. C’est un homme qui vit à la lisière du monde, un inadapté aux fragments du quotidien. Il est rentier,solitaire,il déteste les vieilles peaux probablement parce que sa mère n’a pas eu le temps d’en devenir une.

« Des tas de vieilles peaux ont cherché à me consoler de la mort de maman. En m’affirmant que les artistes s’immortalisent par leurs oeuvres. Faut pas être très malin pour y croire. Même à l’âge de dix ans, je ne me suis pas laissé avoir. Si c’était vrai, tout le monde chercherait à écrire des bouquins, des chansons, se mettrait à peindre ou à danser, au lieu de consacrer toute une vie à un boulot ingrat, à l’éducation de quelques marmots qui, soit dit en passant, conduisent plus à la folie qu’à l’immortalité.[...] La seule chose immuable en ce monde, c’est l’argent. Et tout l’intérêt qu’il suscite. »

A mi-chemin entre la fable et le conte, Elodie Soury-Lavergne brosse le portrait d’individus fantaisistes: une sirène amatrice de parties de pêche à la canne à strophes, un steward cannibale, un Blobfish inutile, un porc populiste et une girafe complexée. Sans oublier Rabbin, le chien juif circoncis. La galerie des personnages propose une critique acerbe de la société  dans un langage oralisé, poétique et imagé.

Sous couvert d’humour noir, l’écriture est ciselée, elle s’unit à la métaphore et en ce sens me rappelle la plume de Boris Vian.

 Fulbert aime les fleurs  » On peut les garder près de soi. Les aimer. Les préférer comme ça aussi. Maman a dû partir. Maman n’était pas une fleur. Rien ne ressemble plus à une femme qu’une fleur. Pourtant, rien ne ressemble moins à une fleur qu’une femme. Sauf maman. »

J’aime beaucoup son analyse de la mort et de ce qui l’entoure. Le spectre de la mort est désacralisé « Il n’y a pas de raisons pour que le temps s’arrête à cause d’un oiseau mort. Il ne le fait déjà pas pour un homme. Pas même une petite pause. »

Fulbert et ses compères sont d’une charmante compagnie sur le chemin mystérieux de la vie, mais aussi de la mort. Je vous invite à découvrir le pays fleuri de Fulbert.

Elody Souris-Lavergne a reçu le Prix du Jeune Ecrivain en 2011 et signe avec ce roman une écriture comme « une épluchure de sa singularité ».

{Horizons Nord-Pas-De-Calais} Mars 2013

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{Fattorius} Février 2013

L’effacement progressif des frontières entre les espèces

Lu dans le cadre du défi Premier roman.

« Les Cadavres en fleurs », c’est une parution récente. C’est aussi le premier roman d’Elodie Soury-Lavergne, lauréate 2011 du Prix du Jeune Ecrivain Francophone. Et puis, c’est un livre qui révèle une voix. Double, cette voix, en ce sens que l’auteur a su conférer une véritable personnalité à un narrateur qui, en dépit de tous ses défauts, va finir par paraître attachant au lecteur, tout en laissant entendre à l’auteur qu’il y a un véritable auteur derrière, avec une solide personnalité. Dieu sait qu’il n’est pas évident de s’attacher à un rentier asocial affublé du nom improbable de Fulbert Roty; pourtant, l’auteur parvient à faire en sorte que le courant passe.

Enfin, le lecteur va finir, au fil des pages, par se poser des questions sur les frontières entre les espèces du règne animal. Ce qui n’est pas le moindre mérite de ce roman qui, sous des apparences décalées, est construit de manière solide et rigoureuse.

Une confession paradoxale
L’usage du « je » et l’imposition du seul point de vue du narrateur donne à ce roman un aspect qui tient de la confession et de la transcription des pensées courantes du personnage – un petit paradoxe au vu de la conclusion du roman, que je ne dévoilerai pas. Dans la démarche littéraire de l’auteur, cependant, le paradoxe pèse peu face au fait qu’en donnant directement la parole à son personnage, l’auteur confère de la force à son roman en contraignant le lecteur à écouter ce que Fulbert Roty a à dire. Tout passe par cette oralité calculée, de façon immédiate: cynisme, formules grinçantes, regard vachard sur le monde.

Cela, sans oublier les antécédents familiaux, qui créent tout de suite un climat de confidence et de connivence avec le lecteur: pas facile de parler de la mort de sa mère à des inconnus, a priori lorsqu’on est un asocial patenté, qui préfère la compagnie des fleurs et des animaux à celle des humains.

Onomastique, quand tu nous tiens…
L’onomastique fait partie des jeux littéraire que l’auteur affectionne. Jouer sur le nom de Fulbert Roty n’a rien de sorcier, et une brève séquence est naturellement consacrée aux blagues, gênantes à relater sans doute, que le narrateur a dû subir dans son enfance. Face à lui, se trouve sa copine, une certaine Cindy Anonyme, présentée comme parfaitement insignifiante en tant que personne – ce qui colle parfaitement avec son patronyme.

Enfin, le lecteur fera connaissance du chien Rabbin, de religion juive, donc circoncis. Ce qu’on apprend au détour d’une réplique aux accents à la fois classiques (on l’a déjà entendue mille fois) et détonnants dans le contexte imaginé par l’auteur: « Dites plutôt que c’est parce qu’il est juif », répond sa maîtresse à Roty lorsque celui-ci lui explique que les chiens sont interdits dans son épicerie. Placée dès le premier chapitre, une telle réplique donne toute la mesure du caractère décalé d’un roman pétri d’inattendu.

L’effacement des frontières entre les espèces animales…
Et dès lors qu’un animal peut avoir une religion, c’est-à-dire quelque chose qui est plutôt propre à l’humain, les personnages humains de ce roman ne pourraient-ils pas avoir à leur tour quelque chose d’animal? Cette réciproque est vraie dans « Les Cadavres en fleurs », et l’auteur exploite le filon à fond. L’exemple emblématique est ici le personnage de Cindy Anonyme, surnommée « le Piaf » par le cynique Fulbert Roty, qui finit par devenir son mari. Le piaf est un moineau commun, un oiseau tout gris… l’auteur trouve mille moyens de rapprocher l’image de l’oiseau et celle de Cindy: manger peu mais souvent, chanter, être toujours de bonne humeur… et avoir une cervelle d’oiseau. On peut se demander si, en tuant un oiseau blessé recueilli par Cindy, le narrateur ne tue pas sa femme (le Piaf, donc) par transfert; en tout cas, ce geste cadrerait avec le caractère légèrement veule sur les bords du personnage. De même, le lecteur peut être amené à s’interroger: en épousant un Piaf, le narrateur ne se cherche-t-il pas une mère de substitution? Après tout, la sienne s’appelait Mésange…

Cela est à rapprocher du personnage de Marinette, présenté comme « une sirène amatrice de parties de pêche à la canne à strophes » – donc, en définitive, un poisson. En voyant Cindy faire ami-ami avec Marinette, on ne peut s’empêcher d’entendre résonner une chanson de Juliette Greco: « un petit poisson un petit oiseau… ». Enfin, le « porc populiste » incarné par le père de Cindy a un côté plus conventionnel: le lecteur sera sans doute tenté d’imaginer ici la tête de quelque tribun politique d’extrême-quelque chose au visage gras et rose.

… et la tentation végétale
Je l’ai dit en début de billet, le narrateur aime bien les fleurs et se découvre un certain plaisir à transformer certains de ces personnages en fleurs – une manière de les tuer et de les magnifier que le lecteur trouvera intrigante. Sans doute est-ce là le mystère de cet ouvrage? L’asocial misanthrope Fulbert Roty, celui dont le nom ne brille pas, est-il condamné à transformer en fleurs celles et ceux qu’il voudrait aimer, afin d’y parvenir réellement? C’est un audacieux paradoxe, de la part de l’auteur, que d’avoir donné à un personnage improbable de sergent poète (un militaire, donc, bien prosaïque) le rôle de souffler à Fulbert Roty l’idée de transformer certaines personnes de son entourage en fleurs. Fulbert Roty en fera son jardin secret…

Pour qu’un roman décalé soit autre chose, et surtout davantage qu’un roman décalé, il faut de la rigueur et quelques idées directrices qui confèrent une colonne vertébrale à l’oeuvre. L’auteur des « Cadavres en fleurs » a su conjuguer ces impératifs. Ce roman est donc un succès littéraire, porté par un personnage principal qui, sous des dehors pour le moins peu engageants, saura trouver le chemin du coeur de son lectorat.

{La Voix du Nord} Février 2013

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{AFPric} Février 2013

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{Madame DUB} Janvier 2013

Seconde et nouvelle parution de la jeune et féconde association DuB Editions, Les cadavres en fleurs est un court roman très agréable à lire.

Après le premier texte mexicain de Carmen Boullosa publié en septembre 2012, nous avons cette fois à faire à un roman français d’une jeune auteur très prometteuse : Elodie Soury-Lavergne, lauréate du concours du jeune écrivain 2011. Sa soif d’écriture a visiblement payé puisque l’essai est, selon moi, transformé.

Le roman, écrit à la première personne, relate la vie d’un personnage un peu particulier : Fulbert Roty. Avec un nom pareil (élément clé du récit puisque notre ami s’en plaint constamment) vous imaginez bien que le héros est légèrement tourmenté et je dirais même « bizarre » ! Comment ne pas s’interroger sur la provenance et l’attribution d’un tel patronyme, nom musical et loufoque au possible qui choque littéralement l’intéressé, qui espérait beaucoup mieux de la part d’une maman pianiste…

Il est très difficile de résumer le texte et d’en parler, car je pense que l’intrigue n’est pas l’essentiel et revêt finalement assez peu d’importance. Le récit est très aérien et je me suis vraiment laissé entrainer dans sa lecture, seul avec Fulbert, partageant son univers. Je vous invite à faire pareil !

Fulbert est un être qui vit dans sa bulle, replié dans une grande maison de province et sans ami. Il est un peu misogyne, très renfermé sur lui-même et regrette amèrement la disparition prématurée de sa virtuose de mère. Il semble, pour couronner le tout, qu’il déteste particulièrement les « vieilles peaux » et le démontrera tout le long de son histoire avec humour et férocité.
Riche (l’héritage de sa défunte mère est conséquent), il vit reclus et tente, pour la forme, de travailler mais ne parvient pas à s’insérer durablement dans la communauté de son village.
Il rencontre Cindy qu’il épouse (presque contre sa volonté, qui voudrait vivre avec un piaf ?) et se fascine progressivement pour les fleurs qui sont capables de sécher et d’être gardées à vie auprès de soi. Les aventures de Fulbert sont peuplées de personnages hauts en couleurs et de rencontres improbables.

Le ton est très léger, très agréable à lire, les chapitres sont courts et vraiment percutants, je n’ai pas vu le temps passer en me plongeant dans ce livre.
L’ouvrage décrit plus un monde légèrement mystérieux, un univers singulier et très particulier ; en effet le héros fait de drôles de rencontres et on sent que les enjeux se passent à l’intérieur de son crâne : le Stewart cannibale, le chien juif circoncis…

Si je devais conseiller l’auteur pour une transposition sur les écrans et donner des pistes aux futurs lecteurs, je penserais au tandem Caro / Jeunet qui dépeint toujours des univers bien particuliers et personnels sortis de leurs imaginations : Amélie poulain, Mics Macs à tire la rigot ou encore mieux : Délicatessen.

Vous l’aurez compris, aucun livre ne ressemble à celui-ci et je ne peux que vous encourager à entrer dans le monde, à la fois merveilleux et terrifiant, de Monsieur Roty.

TLBH

{LIVRES HEBDO} Décembre 2012

Les cadavres en fleurs, figure parmi les trois meilleurs titres de cette rentrée hivernale 2013.

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Revue de presse : Les cadavres en fleurs

 
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